Forum national de l’action climatique : l’importance de l’aménagement du territoire dans la lutte aux changements climatiques

 

Le premier Forum national de l’action climatique s’est tenu du 25 au 29 janvier derniers, dans la foulée du récent dévoilement du Plan pour une économie verte 2030 (PEV 2030). Organisé par le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ), cet événement virtuel a mis en relief différents projets réalisés partout au Québec pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), accroître la résilience des communautés et faire émerger une économie verte. Nous en avons discuté avec Sylvain Gariepy, président de l’Ordre des urbanistes du Québec, qui insiste sur l’importance de l’aménagement du territoire dans la lutte aux changements climatiques, et avec Martin Vaillancourt, directeur général du RNCREQ, qui croit en la force de mobilisation des collectivités.

 

Aménagement du territoire et changements climatiques : même combat

 

L’aménagement du territoire est un peu l’angle mort des changements climatiques, remarque d’entrée de jeu Sylvain Gariepy.

C’est un non-sens, quand on considère que les pratiques d’aménagement et d’urbanisme façonnent à long terme nos villes et nos villages. Les changements climatiques exigent qu’on revoie nos façons de faire afin d’intégrer cet élément aux stratégies d’aménagement.

À commencer par la densification des quartiers autour de pôles structurants (TOD) en s’harmonisant avec l’existant. « Nos villes entament un cycle de redéveloppement. On ne peut plus s’étaler, on doit densifier les quartiers intelligemment et transformer les parcs industriels pour les faire entrer au 21e siècle, affirme l’urbaniste. Avec la pandémie, on a aussi compris l’importance de bonifier les espaces publics. Cette approche permet d’intégrer de la canopée et des zones d’ombre pour réduire les effets de chaleur, préserver les milieux humides et mieux gérer les eaux de ruissellement. L’innovation offre des bénéfices à long terme. C’est un legs qu’on laisse aux générations futures. »

Il rappelle que chaque décision prise dans les différents paliers de gouvernement entraîne des conséquences sur les milieux humides, les territoires agricoles, l’expansion du réseau routier et l’intégration d’un transport collectif structurant. Voilà pourquoi l’Ordre des urbanistes milite activement pour une Politique nationale d’aménagement du territoire pour le Québec au sein de l’Alliance Ariane*, de concert avec le RNCREQ. « Une politique cohérente va favoriser des choix qui vont minimiser l’impact sur l’environnement et exploiter le territoire de façon raisonnable, avance Sylvain Gariepy. Un milieu de vie sain et bien aménagé a des répercussions positives sur la santé des individus, l’économie et le climat. »

On comprendra donc que la présence du président de l’Ordre des urbanistes du Québec au Forum national de l’action climatique du RNCREQ n’était pas fortuite ! Tant les urbanistes que l’ensemble des Conseils régionaux de l’environnement (CRE) s’impliquent dans la mise en oeuvre du développement durable. « On partage les mêmes enjeux environnementaux – protection des noyaux villageois et des zones environnantes – et de cohabitation. Nos parties prenantes sont sensiblement les mêmes, résume le directeur du RNCREQ, Martin Vaillancourt. Les CRE sont des partenaires importants du gouvernement qui ont su tisser des liens avec les acteurs régionaux pour dynamiser la lutte contre les changements climatiques dans toutes les régions du Québec. »

Travailler ensemble

 

Les efforts à fournir pour contrer les effets des changements climatiques sont colossaux et ne se feront pas uniquement par l’entremise des gouvernements et des multinationales. Les collectivités ont aussi un grand rôle à jouer, martèle Martin Vaillancourt.

Les villes et les villages devront faire preuve de résilience, et les citoyens seront appelés à adopter de nouveaux comportements. Pour y arriver, ça prend des interventions à toutes les échelles. Avec les CRE, on s’attaque au niveau régional.

Le mode collaboratif repose aussi sur le partage des connaissances et des leçons apprises à l’échelle locale, régionale et suprarégionale, ajoute Sylvain Gariepy. « De plus en plus d’élus sont en mesure de faire face aux défis environnementaux grâce aux outils qui leur permettent de rendre les milieux de vie plus résilients. » À cet effet, la réponse aux inondations de Gatineau, survenues en 2017 et 2019, est éloquente : un programme de verdissement urbain a été mis sur pied par le CRE de l’Outaouais afin de végétaliser les berges de l’île de Hull et le centre-ville de Chelsea, et aménager des terrains vacants en zones inondables à Pointe-Gatineau et au parc du Lac-Beauchamp.

Autre exemple : la stratégie ambitieuse de transition écologique dans Rosemont – La Petite-Patrie qui priorise entre autres l’aménagement de ruelles vertes, le transport collectif et actif, l’usage des bois publics et la gestion des eaux de surface. « Ces actions sont menées dans la perspective de réhabiliter et de revaloriser certains sites pour améliorer la qualité de vie des citoyens », indique Sylvain Gariepy.

 

Participer au changement

 

Martin Vaillancourt ne le dira jamais assez : ce sont les élus locaux qui approuvent les projets dans les municipalités. Il est tout à fait possible alors pour le citoyen d’assister au conseil municipal et de participer aux consultations publiques en vue d’instaurer des changements.

Les aménagements bien conçus qui améliorent la qualité de vie gagnent en acceptabilité sociale. Pour les citoyens, le fait de participer à un projet collectif aux retombées positives, c’est gratifiant. Les initiatives présentées au Forum démontrent comment on peut agir concrètement.

Vous pouvez revoir les conférences et les présentations du Forum de l’action climatique en cliquant ici.

 

*Le principal objectif de l’Alliance Ariane est que le Québec se dote, dans le cadre d’une Politique nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, d’une vision d’ensemble assortie de principes fondamentaux qui puisse assurer la coordination de l’ensemble des lois, politiques et interventions de l’État et des instances municipales en matière d’aménagement du territoire et d’urbanisme. Elle a été fondée par de grandes organisations dont l’Ordre des Urbanistes du Québec, l’Union des producteurs agricoles, Vivre en Ville, l’Ordre des architectes du Québec, la Fondation David Suzuki, et le Regroupement des Conseils régionaux de l’environnement du Québec.

Laisser un commentaire