Quand le Québec choisit de prendre soin de son monde

Par Denis Marion,
maire de Massueville
et membre de l’équipe de coordination
du comité stratégique Prendre soin de notre monde

 

À première vue, la crise provoquée par la pandémie de COVID-19 est caractérisée au Québec par au moins trois éléments : la protection de la santé de la population a pris le pas sur toutes autres considérations, même financières et économiques; tout le Québec a vu le réseau de la santé publique à l’œuvre et se félicite de son action; une mobilisation importante dans tous les secteurs de la société a généré un soutien aux efforts du réseau de la santé publique, y compris chez les acteurs municipaux.

 

Au cœur de nos actions collectives pour lutter contre la pandémie, les mots « Prendre soin de notre monde » prennent tout leur sens.

Il est beaucoup trop tôt pour prendre la mesure de l’impact et des conséquences de la crise actuelle. Il est trop tôt pour dire si elle apportera des changements profonds dans la société. Mais l’histoire nous apprend que les crises de cette ampleur génèrent généralement des changements importants, même structurellement. N’oublions pas qu’il s’agit d’une situation qui affecte la planète entière, avec des conséquences diverses selon les modes de gouvernement et selon les rôles dévolus à l’État dans chaque pays.

Des influenceurs crient leur volonté de changement, des citoyens reprennent à leur compte leurs messages et se les approprient. Au-delà de l’expression d’une volonté de changement, la crise créée par la pandémie de COVID-19 offrira-t-elle une occasion de changement?

Dans la société, plusieurs voudront profiter de cette occasion pour ramener le monde d’avant, ou, au contraire, pour provoquer des changements profonds et durables. On peut déjà prévoir des débats importants entre ces deux camps et pas seulement chez nous. Malgré une certaine volonté de démondialisation, le débat sera global, planétaire.

Où se situera le mouvement qui a fait de la création et du maintien d’environnements favorables à la santé et à la qualité de vie une priorité ?

Comment poursuivrons-nous cet investissement collectif guidé par les objectifs de la Politique gouvernementale de prévention en santé et par les 17 objectifs du développement durable des Nations Unies (voir en annexe) ?

Saurons-nous avoir une contribution qui fera que le Québec sera en mesure de ne pas « gaspiller » la terrible crise de la pandémie du COVID-19 pour confirmer sa volonté de Prendre soin de notre monde ?

Pour l’instant, il y a une certaine unanimité au Québec sur la gestion de la crise. Depuis quelques semaines, le Québec se défend, il prend des mesures draconiennes pour se protéger. Il est peut-être plus facile de s’entendre sur ces mesures de protection. Mais déjà on voit poindre la prochaine étape, celle de la construction, de la reconstruction qui accompagnera le déconfinement. L’unanimité volera en éclat. Les idéologies referont leur apparition. Les intérêts particuliers aussi.

Ainsi, les institutions et organismes qui font la promotion de la santé et de milieux de vie favorables à la qualité de vie pourront, s’ils le veulent, contribuer à réaliser et à concrétiser des changements importants dans la façon dont le Québec reconstruira sa société. Mais ils pourront également avoir une influence sur le regard même de celles et ceux qui seront aux commandes de cette reconstruction.

Des analystes notent que la crise a probablement « redonné des dents à la santé publique et à la science ». Quelle marge de manoeuvre cela donnera-t-il à celles et ceux qui font la promotion de la santé ?

Si nous nous concentrons sur l’action du monde municipal, prenons acte que les prochaines élections se tiendront en novembre 2021. Si la tendance observée lors de celles tenues depuis 2005 se maintient, on pourrait constater un renouvellement des élus qui devrait tourner autour de 50 %. Sur les quelques 8 000 élus municipaux, 4 000 seront donc nouveaux. Qui seront-ils? Par quoi auront-ils été influencés au moment de déposer leur candidature ?

Quelle sera leur vision du rôle d’une municipalité et que proposeront les candidates et candidats à la population?

Cette vision aura-t-elle été influencée par une certaine compréhension de ce que la crise actuelle aura changé ? Quelles seront les attentes de la population envers leurs futurs élus municipaux? Comment la population accueillera-t-elle les propositions de ces candidats? Les priorités auront-elles changé vraiment?

L’approche et le travail de collaboration proposés par la démarche Prendre soin de notre monde est exactement celle vécue pendant la crise de la pandémie.

Au-delà de la crise sanitaire se profilent des crises financières et économiques qui ont un impact très réel sur une partie importante de la population, surtout chez nos concitoyens les plus vulnérables. Le monde municipal constate chaque jour qu’il joue un rôle dans la protection de la santé globale de la population. La « santé publique » n’est plus une notion abstraite ou inconnue et les appels à changer les façons de faire sont quotidiens, surtout lorsque la crise fait ressortir des situations qui bouleversent la population. Encore sous le choc de la crise, les gens constatent que ce qui semblait immuable pourrait ne plus l’être; certains le souhaitent, d’autres le craignent.

Les partenariats sont valorisés parce que chacun constate qu’il ne peut, seul, affronter les défis de cette crise sans précédent.

 Quelle sera la teneur des débats publics qui pourraient avoir un impact sur les choix de politiques publiques au Québec, à tous les paliers de gouvernement?

S’il est trop tôt pour trouver des réponses, peut-être est-ce le moment de profiter des compétences des acteurs réunis autour de la démarche Prendre soin de notre monde afin d’aider le Québec à ne pas être « en retard » d’une crise.

« Si j’avais une heure pour résoudre un problème, je prendrais 55 minutes à réfléchir au problème et 5 minutes à penser aux solutions. »

Albert Einstein


Annexe – 17 objectifs de développement durable des Nations unies

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